Yoan
Yoan, c'est probablement le nom le plus laid qu'il m'a été donné d'entendre dans toute ma vie. Et en plus, la personne à qui appartenait ce prénom lui convenait à ravir. Il était laid. Excessivement laid. Pire encore, c'était un parfait imbécile. Le genre de connard à qui on a donné la vie en regrettant de ne pas avoir pesé sur "cancel" rendu à 90% de sa création. Et pourtant, il me semble qu'à 90%, on aurait déjà eu un putain de bon indice de l'horreur en cours de modelage.
Yoan était grand. Et imberbe. Il faut dire que tout ça remonte en secondaire deux, à l'époque où nous cultivions tous "notre" poil de barbe, afin qu'il devienne long, dru, et tout de même soyeux. Yoan, pour sa part, n'en avait pas. Certains étaient plus choyés par la nature, comme mon ami Mat, qui lui, possédait déjà son fameux pinch roux. M'enfin. Dans toute sa rousseur, Yoan, lui ne contemplait pas la moindre pilosité faciale.
Lorsqu'on interpellait Yoan, il arrivait en courant, nous lâchant son traditionel "HEIN?!" qui n'allait pas sans rappeler l'air inquiétant d'une chèvre de montagnes qui a perdu le nord. Yoan se questionnait constamment. Il avait le point d'interrogation à l'ordre du jour. Tout l'intriguait. Pourquoi tout le monde arrive à mettre un pied devant l'autre sans trébucher, comme lui le faisait si bien. Pourquoi quand les personnes qui l'entourrent ont la morve au nez, ils font usage d'un mouchoir, comparativement à lui qui était prédisposé à redéfinir l'usage de son chandail. Pourquoi une fille a des seins, et pourquoi veulent-t-elles lui crisser une claque en pleine face chaque fois qu'il les regardaient avec un filet de bave en bordure de la bouche. Pourquoi tout élève payait son repas 3,25$ alors qu'on lui en demandait 18$ pour la même portion.
Yoan était possédé par la joie de vivre. Il gambadait. Sans arrêt. Ou peut-être était-ce sa démarche naturelle. Son regard vide nous incitait à demander un changement de place dans une classe où on y était trop souvent confronté. Ses jambes molles étaient des cibles de rêve au soccer, alors qu'on pouvait sans trop d'efforts assister à un moment cocasse en échange d'un simple croc-en-jambes. Ses cheveux roux nous semblaient à l'origine-même de la création du gel à coiffer, tant ils semblaient gras. Ses bras nous rappelaient les junkies que nous croisions lors de nos visites annuelles de Montréal, jusqu'à ce qu'on s'en approche suffisamment pour constater qu'il s'agissait plutôt de taches de rousseur.
Yoan était définitivement tout un personnage. On m'en a raconté des biens bonnes à son sujet. Toutefois, l'important, c'est que lorsque je passe en revue mes albums scolaires du secondaire et que je remarque ce personnage troublant, je me rappelle qu'au moins une chose me fera assurément pisser de rire pour le restant de mes jours: Yoan.


2 Comments:
On a tous un Yoan dans nos souvenirs, seul le nom diffère. J'avais une Nadia. Bordel, que de souvenirs...
Yoan for president ! !
(ML)
Publier un commentaire
<< Home