12 décembre 2006

J'ai beaucoup de pouvoir

Je suis un peu le centre d'attraction dans mes cours de finance. Tout tourne autour de moi. Je ne fais pas partie de la moyenne. Je suis hot. Beaucoup plus hot, en fait. Lorsque les gens se plantent, je triomphe. Lorsqu'ils triomphent, je triomphe également. Mais un peu plus. Dans une classe à part, on pourrait dire. Je ne manque pas de modestie, je suis tout simplement conscient de ce que je suis. À preuve que je demeure deux pieds sur terre, je qualifierais mon talent en économie de "ordinaire" de "parallèle à la moyenne" de "c'est pas ça qui va abattre des avions en plein vol" et de "couteau mal affilé".

Mais en finance, attention, je suis le king.

Lorsque je me lève pour remettre ma copie d'examen, les gens cessent d'écrire. Ils respirent vite. Très vite. Ils ont hâte de voir quelle sera ma réaction. En dehors de la salle de cours, les gens m'attendent, ayant hâte de connaître mon opinion et de se comparer à moi.

En remettant ma copie d'examen, toutefois, peu importe le commentaire que je donne au prof, qui lui est toute ouïe, vu l'évaluation sommaire de son cours que ceci lui procure, le résultat est le même. "Eh fuck, on est dans la marde" Pourquoi ça! "Parce que si tu l'as trouvé facile, on est dans le champ, et si tu coules, on coule nous autres avec". Ah, c'est trop. À l'extérieur de la salle, encore pire. On se rue sur moi comme sur les journalistes envers Mark Streit. Je pourrais dire Alex Kovalev, mais le commun étudiant n'a rien à crisser de moi si je ne partage pas ses délires financiers.

"Ç'a bien été?" "Pas pire". Oups. Serrement d'estomac. Sur le bord de la crise de larmes. Alors que cette dernière constate amèrement qu'elle a des bonnes chances de se ramasser à côté de la track, je manque TOTALEMENT de sympathie et je lui dit "au moins, tu sauras de quoi il parle lorsque tu reviendras ici à la prochaine session!". Coup de grâce. Elle est assomée. Elle saigne. Son cerveau saigne, plutôt. Il se libère de tout ce qu'il a appris. Ce soir, elle mangera de la soupe en canne. Trop peu festive.

Je suis un rabat-joie. Un vrai de vrai. Et j'aime ça. Sauf que ce que j'aime le plus, c'est lorsque les gens s'en font et que malgré tout, ils réussissent à merveille. Leur réaction à ce moment est belle à voir. Ça rend les gens beaux, une réussite inattendue. L'éclat dans les yeux, le regard franc, la fierté, la sympathie envers une collègue qui vient de bousiller une session d'études, et un clin d'oeil à moi qui, malgré tout, demeure le mentor de tout ce beau monde.

Dans mon cas, la réussite est parfois trop prévisible. Je devrais me remettre à skipper des cours, question de me mettre davantage la tête sur la bûche, et témoigner d'une joie semblable.

Il est dur d'être moi, chers amis.

(À noter que tout message de vantardise véhiculé dans ce texte est purement fictif. Je suis un homme bon, j'ai donné une canne de soupe à la guignolée, j'aide les femmes en détresse à déblayer leur voiture, et je caresse les chiens des passants. )

1 Comments:

At 1:42 PM, Anonymous Elfie said...

Hostie que tu es merveilleux!

Je peux tu avoir ton autographe sur un canne de soupe?

 

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